Emmanuel Giboulot ou l’épineuse question des pesticides obligatoires

Certains le savent, d’autres l’ignorent, mais un drame complexe est en train de se jouer, cette fois pas dans les vignes mais au tribunal! Emmanuel Giboulot, vigneron bourguignon en biodynamie depuis 30 ans. Celui-ci a en effet refusé de répandre dans ses vignes un traitement contre un parasite ravageur de la vigne, la flavescence dorée. Il se trouve que le traitement en question est une obligation légale par décret.

La flavescence dorée a fait son apparition dans les années 50, timidement au début. Ce parasite est proche d’une bactérie, se stock dans la vigne à vie, et provoque des dégâts très importants, à savoir qu’il peut détruire la totalité d’une récolte. Par ailleurs l’infection se propage d’une vigne infectée à une vigne saine voisine avec facilité. De plus en plus de vignobles sont concernés et il est évident qu’après la lointaine mais gravissime crise du phylloxera on ne peut qu’être inquiet. Car en effet nous ne connaissons AUCUN moyen de destruction de cette infection! Encore heureux que son siège ne soit pas le sol mais la plante elle-même, ce qui permet d’arracher et brûler la plante infectée, et hop on repart comme si de rien n’était (ouais bon, le vigneron il pleure quand il voit sa récolte perdue et son matériel végétal au sol…).

La sicadelle est le vecteur de la flavescence dorée. C’est un insecte porteur, parfois, de cette bactérie. Heureusement, bien heureusement, cet insecte a besoin d’étés longs et d’hivers froids pour développer sa population, ce qui limite fortement la propagation de la flavescence. Les mesures phytosanitaires (insecticide en l’occurrence) sont donc prises contre cet l’insecte vecteur de la flavescence dorée.

Il se trouve que face à cette menace il peut être obligatoire, par décret, de traiter toutes les vignes d’une région, afin d’éviter un drame. Un vigneron qui refuserait cette mesure se verrait contraint par la Loi de le faire, ou bien se verrait traîné en justice. C’est exactement ce qui arrive à Emmanuel Giboulot, vigneron bourguignon bien connu, pratiquant la biodynamie depuis 30 ans, puisqu’il a refusé de traiter ses vignes. Son procès aura lieu le 24 février 2014.

Pourquoi a t-il refusé de traiter? Parce qu’il est évident que ce traitement obligatoire est parfaitement contraire aux méthodes de la biodynamie. De plus et surtout l’insecticide employé ne se contente pas de détruire la sicadelle mais tue beaucoup sur son passage, en particulier les abeilles, déjà bien rares, lesquelles sont des pollinisateurs de la vigne. Tout un écosystème est ainsi menacé. Enfin l’efficacité de la procédure est très relative et n’assure qu’une protection médiocre du vignoble. Giboulot risque d’être condamné à 30.000 euros d’amende, et surtout sa condamnation créerait un précédent juridique concernant l’obligation de traitements. Il y a une pétition à signer (qui se trouve facilement sur le net) afin de faire valoir au tribunal qu’il n’est pas complètement seul à s’alarmer de l’obligation de traitements. Je vous invite donc à la signer, c’est un geste qui me semble assez important. Pourquoi je vous laisse chercher cette pétition plutôt  que de mettre un lien?

DEBAT

Que Giboulot refuse les traitements chimiques est fort louable. Qu’il refuse d’appliquer la loi et se retrouve pour cela en justice… finalement, c’est logique. Si je pense que Giboulot peut être soutenu ce n’est pas pour sa désobéissance mais pour dire qu’il y a un problème. Ce problème est-il pour autant celui de la loi concernée? Je pense que c’est un problème bien plus vaste, et qui excède le cadre juridique.

Oui, le traitement obligatoire est extrêmement nuisible à l’environnement, et à l’homme puisqu’il s’agit d’un neurotoxique, et son efficacité est médiocre. Oui, il existe des mesures alternatives, en fait d’autres traitements biologiques possibles contre la sicadelle. MAIS ces autres traitements sont d’efficacité toute aussi relative et détruisent, eux aussi, les abeilles! Quant aux mesures non pesticides elles donnent parfois des résultats intéressants mais beaucoup trop limités (très encourageants au niveau expérimental disons).

Mon point de vue est donc le suivant: Giboulot a raison, mille fois raison, de pratiquer la biodynamie, d’une part. Mais a t-il raison de refuser ce traitement, mettant (peut-être, en tout cas selon certains) en péril le vignoble d’une région entière (j’en rajoute, mais c’est ce qui est sous entendu dans l’obligation de ce traitement à vaste échelle)? Personnellement je reste très prudent pour répondre qu’il a raison. Mais j’espère vivement que son procès permettra d’ouvrir une réflexion d’ensemble (on peut rêver) sur ces questions, et il me semble que plus il y aura de signatures à la pétition plus cette réflexion risque d’avoir lieu.     En effet est-ce qu’on ne pourrait pas imaginer une obligation de traitement par un produit laissé au choix du vigneron et en accord avec sa démarche? Le traitement classique pour les vignerons en tout-chimique (en agriculture raisonnée c’est pareil), le traitement naturel pour les bio et biodynamie, les deux types de traitements ayant la même mauvaise efficacité. Ce serait un grand pas de fait et la reconnaissance effective par les autorités qu’il n’y a pas que l’industrie chimique qui a des solutions.

Ah oui, mais c’est l’industrie chimique qui a le pognon, pas sur qu’on y arrive finalement!!!

La face cachée de ce débat c’est quoi? Une maladie ça ne vient pas par hasard! Le monde étant bien fait il y a dans nos villes des éboueurs. Il n’y en n’a pas que dans les rues mais dans la nature aussi,  on appelle ça les maladies. Ce qui est d’ailleurs prendre les choses à l’envers puisque la maladie n’est que la conséquence de l’action de l’éboueur (la bactérie, le champignon, la flavescence…), lequel ne s’installe et ne prolifère que là où il y a déséquilibre. On pourrait presque dire que la maladie précède l’agent pathogène. C’est un des fondements de la biodynamie . Bref, il faudrait peut-être se demander pourquoi la flavescence s’installe. Pourquoi elle est apparue dans les années 50? Pourquoi elle est apparue à l’époque du virage tout-chimique??  En quoi elle répond à un déséquilibre provoqué par la chimie omniprésente??? C’est plus qu’un procès qu’il faut le 24 février, c’est une grande interrogations sur notre agriculture et sur l’état dans lequel elle se trouve aujourd’hui.

Voilà. Giboulot a t-il eu raison de refuser, je n’en sais toujours rien, car c’est bien beau d’être puriste (je le suis) mais quand il n’y a plus de vignes on ne peut plus être puriste en faisant son vin! Ne fait-il pas courir un risque à sa région (surtout si ils étaient plusieurs à agir comme lui)? Mais ce risque ne vient-il pas de bien plus loin, de bien en amont? J’en suis persuadé.  En tout cas vous avez maintenant des éléments pour savoir si oui ou non vous signez cette pétition (allez y jeter un œil…).

 

Chablis-Sancerre-Bourgueil. Oui, mais pas n’importe lesquels!

Tiercé gagnant l’autre soir où recevant un ami fin dégustateur nous vidames trois très jolies bouteilles (initialement il était prévu de n’en boire que deux…).

Avec les huîtres (d’un ostréiculteur d’Oléron qui vient sur le marché d’Oberkampf et qui fait des huîtres tout simplement DIVINES, pas données mais on n’est clairement pas volés) nous avons ouvert un Chablis de chez De Moor, LA star incontestée des chablis naturels, même s’il n’est plus le seul dans l’appellation, rejoint par le talentueux Picot. Avec cette cuvée nommée « l’humeur du temps », toute en tension mais non dénuée de chair, l’iode du vin appelait l’iode des huîtres. Le chardonnay était facilement identifiable à l’aveugle, le chablisien également mais on pouvait penser également à un joli muscadet. En tout cas le copain il a trouvé le chablis à l’aveugle assez facilement.

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Ensuite il s’agissait de mouiller la purée de pois cassés avec sa quenelle de haddock au raifort. Pas si simple de trouver un vin qui se marie avec la douceur du pois cassé ainsi que sa texture farineuse, le fumé-iodé du poisson, et le végétal-piquant du raifort, sans compter le lacté de la crème fraîche! Un Pouilly-fumé s’en est tiré avec les honneurs. Oui, mais pas n’importe lequel!! Celui d’Alexandre Bain, la cuvée Pierres précieuses 2012. Certes le sauvignon peut être perçu dans ce vin, surtout quand on sait que c’est du sauvignon… mais on peut tout aussi bien penser à un vin d’Alsace, ou du Rhin, mais pourquoi pas à un muscat doux d’Afrique du sud ou d’Australie…mais sec. Certains côtés du profil aromatique lorgnent vers des mâcons de chez Thévenet. Un vin riche aromatiquement et très exotique, doté d’une chair importante mais raffinée. Les notes exotiques c’était parfait avec le haddock et le raifort, les notes végétales et fraîches parfait pour nettoyer le poids cassé, mais la chair du vin suffisante pour affronter ce plat très « enveloppé ».

La soirée s’étirait paresseusement et agréablement, un ananas rôti à la vanille avec sa glace noix de coco artisanale se concentrait dans le four. Mais soudain le drame! « J’ai soif de rouge » lance mon invité. Ce que c’est que la soif… Heureusement le Bourgueil « Nuits d’ivresse » de Pierre et Catherine Breton attendait qu’un tire-bouchon charitable se penche sur lui. Cuvée sans soufre qui laisse espérer des lendemains qui ne déchantent pas, vin gourmand et délicat, fruité et de belle présence, terriblement gourmand ce soir là (alors qu’il se goûtait fort mal 3 semaines auparavant), doté d’une fermeté tannique nette et allante. La bouteille est descendue trop vite…

Progresser en dégustation. L’arôme du moment: fruit de la passion

En plein cœur de l’hiver nous pouvons aujourd’hui nous régaler de fruits gorgés de soleil qui nous viennent de l’autre côté du Monde. C’est le moment rêvé pour « étudier » (en fait se régaler!) les fruits exotiques que sont l’ananas, le litchi, la papaye, la mangue… et qui nous enchantent dans des vins aussi divers que les tavel, les riesling, gewurztraminer, jurançons, coteaux-du-Layon, vins de glace, et tant d’autres, sans oublier des eaux-de-vie comme le rhum ou l’armagnac.

Pour l’heure je vous invite à un exercice simple autour du fruit de la passion. Choisissez des fruits de la passion bien murs et, le plus simplement du monde, coupez les avec un couteau. Puis munis d’une petite cuillère régalez vous de cette chair pleine de pépins et aromatique en diable. Sans doute n’avez-vous pas en cette saison l’envie de boire un rosé de Fronton, mais que cela ne vous empêche pas de vous remémorer ces vins, ils peuvent en effet sentir le fruit de la passion. En tout cas mémorisez bien vos sensations du moment, afin de les retrouver aux beaux jours dans les vins en question. Il n’est en revanche pas exclu que vous ayez en hiver une envie folle de vin liquoreux! C’est le moment, durant cet exercice ou dans les jours suivants, de vous précipiter sur un beau jurançon ou sur un superbe coteaux du Layon, voire si vous êtes chanceux et/ou fortuné sur un rare Coteaux de Saumur blanc des frères Foucault (Clos Rougeard). Ces vins sont très marqués par le fruit de la passion…et par tant d’autres arômes.

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Mais ne nous arrêtons pas là. Non content d’avoir coupé votre fruit de la passion avec l’indispensable couteau, ne négligez pas de laisser couler le jus en abondance sur votre main (en général celle qui tient le fruit) et de ne surtout pas la laver immédiatement! Vous verrez c’est incroyable de persistance aromatique, votre main sera parfumée pour plusieurs heures. Mais surtout les arômes se révèleront d’une toute autre façon, et vous entrerez alors dans le monde des vins d’Alsace, d’Autriche, ou d’Allemagne, particulièrement les riesling, mais aussi les meilleurs sylvaners. Vraiment, faites en l’expérience, humez ce parfum aussi souvent que vous le voulez, et à votre prochaine dégustation de (bon) riesling vous verrez (presque) un fruit de la passion dans votre verre.

« Bah tu sais bien qu’je bois! »

Pour ceux qui ne désirent pas s’inscrire aux alcooliques anonymes il ne reste plus qu’à assumer ! Et là la couleur est clairement annoncée non ?!

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Typique le genre de vin qui fait splop au débouchage et glouglou à l’avalage…  Vin de plaisir, vin de détente et de complicité. C’est quoi ? Un de ces vins que j’aime, produit vraiment au nord, là où la vigne touche ses limites, un vin vers Vandôme, la Sarthe et tout ça. Bref, un pur pineau d’aunis, cépage trop rare aux franches notes poivrées et toujours doté d’un fruit gourmand. « Toujours » ? Ah non en fait, c’est un cépage capricieux que seuls quelques fadas géniaux défendent bec et ongles, et qui savent eux que ce cépage peut être éclatant de fruit si on se donne de la peine avec. Avec ça un saucisson, une rillette, une grillade, une purée de poivrons ou un bon gratin bien poivré et hop, la vie est belle !

Quant à cette étiquette elle habille un vin produit par le Domaine de la Roche Bleue, en coteaux du Loir.

Le vin, c’est avant tout du plaisir ! Si, si, j’assume…

Clos de la Bèrgerie 2009 / Clos de la Coulée de Serrant 2011

Etant entendu qu’il n’y a pas de mal à se faire du bien, j’ai dégusté à deux jours d’intervalle une bouteille de Clos de la Bergerie 2009, et une bouteille de Clos de la Coulée de Serrant 2011, histoire de regoûter ce que produit le célèbre Nicolas Joly, apôtre de la biodynamie. Pourquoi ces deux millésimes ? Bah c’est parce que je les avais sous la main tiens !

« Si vous avez manqué le début » comme on dit dans les programmes,  voici quelques éléments du paysage. Les deux vins en question appartiennent à Nicolas Joly, et sont tous les deux des Savennières.

Savennières est une appellation angevine qui produit exclusivement  des vins blancs, à partir du cépage chenin. Avec ce même chenin sont produits, par exemple, les Côteaux-du-Layon, les Vouvray, les Montlouis.  L’appellation Savennières  longe la Loire à partir d’Angers sur des coteaux schisteux très qualitatifs, et parfois très pentus. Différents vignerons se partagent bien entendu l’appellation, et il est à noter que la moyenne qualitative est plutôt haute, avec qui plus est de nombreux vignerons ayant adopté ou pensant adopter des modes de culture naturels. L’appellation se subdivise en « Savennières », « Savennières Roche-aux-moines » en quelque sorte le niveau « 1er Cru », et « Savennières Coulée-de-Serrant », en quelque sorte le Grand Cru. Curnonsky, le « Prince des gastronomes » disait de ce vin qu’il était le plus grand vin blanc du monde !!!

Si plusieurs vignerons se partagent les appellation Savennières et Savennières Roche-aux-moines, le prestigieux Savennières Coulée-de-Serrant est un monopole, appartenant à la famille Joly. Depuis 1980 Nicolas Joly a fait passer le domaine en biodynamie, et depuis peu c’est sa fille qui prend doucement la relève.

Que penser de Nicolas Joly ? Vaste sujet, vaste débat ! Bornons nous peut-être à donner quelques éléments. L’homme est un grand biodynamiste, qui a écrit sur le sujet, et donne des conférences à un niveau international.  Sa maîtrise du sujet ainsi que sa passion sont tout simplement remarquables ! Il applique bien entendu les préceptes de la biodynamie à la conduite de sa vigne ainsi que dans le chai. Mais… Nous sommes nombreux (trop nombreux ?) à avoir goûté des Coulée de Serrant complètement en vrac, qui refusaient absolument de donner quoi que ce soit, même après 6h de carafe, 24h de carafe, 72h de carafe… C’est un phénomène de notoriété publique. Mais nous sommes nombreux également à avoir goûté ce vin dans de superbes conditions, c’est dans ce cas un grand moment d’élégance, de plénitude, de grâce ! Je suis habitué, et défenseur, des vins naturels, et j’accepte facilement qu’une bouteille soit un peu déviante, surtout quand le prix est modeste.  Mais à environ 70 euros chez le caviste ça commence à être un gouffre pour le porte-monnaie de boire de la Coulée de Serrant bonne une fois sur trois !!! Alors, la faute à la biodynamie ? Non certes, je connais trop de vins parfaits faits par des biodynamistes  pour en arriver à cette conclusion. Un élément de réponse court les couloirs: c’est tout simplement que Nicolas Joly n’aime pas le vin plus que ça, et qu’il est donc peu aisé de faire du bon vin pour lui. Ce qui est certain en tout cas, c’est que depuis que sa fille s’occupe des vinifications ce vin devient plus facile à goûter. Et il est certain également que les efforts fantastiques déployés par Nicolas Joly dans la conduite de ses vignes a un résultat très positif sur la qualité du cru, et que sa fille en récoltera les fruits.

Quant aux vins bus ces soirs-là il serait aventuré de les comparer strictement, les deux étant de parcelles différentes et de millésimes dissemblables, un 2009 riche et réputé de grande qualité, un 2011 compliqué et bien moins ensoleillé que 2009 !

Clos de la Bergerie 2009 :

Un vin très ouvert aromatiquement  dès sa première demi-heure de carafe. Puis au fil de la dégustation qui s’est étirée sur une heure et demie le vin devient alternativement plus gourmand ou plus sur la défensive, par séries d’une dizaine de minutes. De même les amers prennent parfois nettement le dessus sur l’opulence, pour d’autres fois n’être que sous-jacents et fournir une tension de bon aloi à la matière riche du vin. Ce vin est très nettement miellé, des notes de noyaux d’abricot, d’abricot confit, de verveine et d’herbes fauchées complètent la palette, parfois du tilleul (déjà), des nèfles, de l’anis s’y ajoutent. C’est aromatiquement superbement architecturé, sans temps morts mais sans esbroufe, avec une matière dense sans être imposante, riche sans être lourde, et surtout extrêmement buvable ! Bref un authentique très beau vin d’esthète.

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Clos de la Coulée de Serrant 2011 :

Disons-le, il y a un air de famille indéniable entre les deux vins, et qui est au-delà de l’air de famille que peuvent avoir entre eux les Savennières d’une façon générale. Toutefois celui-ci m’a semblé plus étriqué, moins à l’aise dans le verre que le Bergerie. Les notes d’infusion, d’abricot, de fenouil, de miel s’expriment mais avec moins de netteté. Au-delà de la dimension aromatique la perception tactile du vin est moins vibrante, et son « déficit » (très relatif…) de peps ne tombe même pas dans la mollesse. Bref, j’avoue avoir du mal à évaluer ce vin (mais qui parle d’évaluation, quand il ne s’agit que de plaisir ?…), qui pêche peut-être avant tout par son millésime, à moins que ça ne soit par son jeune âge (pas impossible du tout). Ce qui est certain c’est qu’en terme de plaisir c’est le Clos de la Bergerie qui m’a enchanté, à cet instant « t » !

Promenade entre Loire et Cher (dernier jour)

Pour ce dernier jour dans la région le menu c’est « tout Cheverny » (jusqu’aux fruits de mer, attendez la fin).

Les bons vignerons sont chose plutôt répandue dans l’appellation Cheverny. Pour ma part je suis allé rendre visite cette fois-là à deux vedettes des vins naturels.

-Dès 10h30 arrivée au domaine Villemade, une grande figure des vins naturels. C’est sa fille qui nous reçoit ainsi qu’un groupe de japonais. Les cuvées s’enchaînent à grande allure… car nous sommes ensuite attendus le plus tôt possible ailleurs.

Pour ceux qui l’ignorent ce domaine est un des phares dans la démarche « vins naturels » depuis longtemps déjà, mais qui l’ignore ? Pas de levures ajoutées bien entendu, peu de soufre à la mise en bouteille, un terroir magnifique, une vraie sensibilité dans l’approche globale du vin (le leur et les autres), bref que du beau et du bon.

-Le petit sauvignon : une cuvée à base d’achat de raisins chez un bon vigneron, frais, parfumé, très typé sauvignon sans tomber dans la caricature. Simple certes, mais une bouteille à deux c’est pas assez… Et puis les sauvignons de cette catégorie c’est en général mal de crâne assuré, alors pourquoi se priver quand ce désagrément nous est épargné ?

-le Cheverny blanc, assemblage de sauvignon (70%) et chardonnay sur sables à silex, le vin fruité et frais par excellence. Du fruit jaune, des agrumes, juste ce qu’il faut de notes fraîchement herbacées, pour un vin résolument orienté vers une douce simplicité.

-le Cheverny blanc « la bodice », cette fois le sauvignon atteint 80% et le vin est élevé en fûts et demi-muids, pour cette parcelle qui atteint une meilleure maturité. Ce vin est toujours une débauche de sensations, alliant notes exotiques, léger fumé parfois, rondeur, buis, angélique, menthe sauvage, fleurs blanches… J’en suis fanatique.

-en Cours-Cheverny deux cuvées sur trois étaient à la dégustation : « les châtaigniers », la nouvelle cuvée de jeunes vignes, net, acidulé, franchement sur la réserve ce jour-là, et « les saules », cuvée de vignes plus âgées, très beau vin de joli potentiel, fins amers, pomme fraîche et cuite, minéralité, touches florales, poivre, la vraie classe du romorantin quoi (lequel romorantin est le cépage exclusif de l’appellation Cour-Cheverny).

-le rosé  (pinot noir et gamay) est ensuite dégusté, histoire de se refaire la bouche avant les rouges. Acidulé, fruité (fraise, cerise), simple et apéritif. Rappelons que cette dégustation se fait absolument au pas de course, et qu’au stade du rosé nous commençons à dépasser le groupe de japonais arrivé avant nous et qui à notre arrivée en était au premier Cour-Cheverny … (incroyable, je n’ai que cette bouteille en photo!!)

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Allez hop on attaque les rouges :

-la « petite » cuvée, assemblage pinot noir-gamay comme le réclame l’appellation Cheverny, sols argilo-sableux pour un vin fruité, sur la cerise , un chouilla poivré mais moins que sur d’autres millésimes (c’est du 2011).

-« les ardilles », superbe vin grâce à une terre plus lourde, avec plus de pinot noir cette fois, le vin présente un bel ensemble, une texture fine et salivante, arômatiquement très orienté pinot sur la cerise, l’écorce d’orange, la réglisse. Excellent cheverny.

-enfin, sans avoir besoin de trop insister, on nous ouvre une bouteille de la cuvée « Désirée », vin proposé exclusivement en magnum à ceux qui ont la bourse un peu remplie ! Oui, mais c’est véritablement un vin d’exception, il est rare déjà, produit sur une superbe parcelle, et fait à partir de pinot noir… et de gamay, appellation Cheverny oblige. Ce pinot est absolument somptueux, velouté sans être dénué de tension, salin, très floral (rose, rose fanée, violette), d’un toucher de bouche extraordinairement fin. On est sans contestation possible dans l’esprit d’un très joli bourgogne en 1er cru ! J’adore ce genre de pinot. Allez, on décolle pour le domaine suivant, non sans avoir acquis quelques bouteilles au passage (comme à chaque fois).

 

-Nous arrivons sur les chapeaux de roues au bien connu  Clos du Tue-Bœuf des frères Puzelat. Midi approche et monsieur Puzelat commence à avoir faim, ce qu’il ne nous dit pas mais nous fait bien comprendre.

Bon, ça commence serré « et puis je n’ai pas grand-chose à vous faire goûter ». C’est Jean-Marie, le grand frère Puzelat, qui nous reçoit, lequel m’évoque irrésistiblement un mix entre mon grand-père solognot et Bernard Blier version tontons flingueurs. Un gars qui sait de quoi il parle et ce qu’il fait, un avant-gardiste du vin naturel. Le petit frère (10 ans d’écart) loin d’être en reste a poussé la démarche encore plus loin, mais c’est une autre histoire.

Comme annoncé il n’y a pas beaucoup de cuvées en stock à ce moment-là, et donc assez peu de vins à goûter. Mais… J’adore quand il y a une espèce de « déclic » qui se fait chez un vigneron parfois, en pleine dégustation. Sans crier gare, alors que nous achevions les blancs prévus (seulement deux), hop il dit « ne bougez pas je vais essayer de vous trouver autre chose », puis « ha là là, y’a vraiment pas grand-chose en ce moment, attendez je crois que j’ai une idée ». Et hop le voilà qui revient avec deux bouteilles pas en vente. J’ai honte de l’avouer mais je ne me souviens plus des vins dégustés, il est vrai qu’au moment où je rédige ce texte c’est déjà vieux de deux bons mois et je ne prends presque jamais de notes de dégustation ! Puis viennent les rouges plus une bouteille là encore pas prévue (il s’agit du cheverny « frileuse », mis en bouteille depuis peu). IMG_0794 (1)

Pour finir j’achète une douzaine de bouteilles histoire de ne pas mourir de soif, et le vigneron me gratifie d’une bouteille en rabe, merci !

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Les vignerons sont meilleurs que le restaurant de Cour-Cheverny dans lequel j’ai échoué à l’heure de midi (c’est le restaurant juste à côté de l’église… pour les amateurs). Je me suis vu proposer à mon arrivée la « spécialité locale », à savoir les « moules DE Cheverny ». Moi : « des moules DE Cheverny ?? ». Le gargotier : « oui Monsieur, c’est la spécialité locale ». Moi : « on trouve des moules à Cheverny ?! ». Lui : « enfin, ce sont des moules cuites au Cheverny ». Bref, de banales moules au vin blanc ! Je prends les tagliatelles au saumon, mauvaise pioche (mais il y a des restos comme ça où « à tous les coups l’on perd »), et je demande à la serveuse de m’apporter un peu de parmesan, du poivre, de l’aneth, et de la ciboulette, histoire de parfumer les pâtes les plus désastreuses qui soient…

Pour achever cette matinée tout-Cheverny, visite bien entendu du très élégant château de Cheverny, qui non content de nous évoquer Tintin et Moulinsart est tout simplement une merveille de raffinement.

Vive la Loire, et vive ses vins!!!

Quelques bons vignerons du salon des vignerons indépendants porte de Versailles

Bien, c’est l’heure de la Grand-Messe annuelle du salon des vignerons indépendants. Et je confesse que ce salon… je l’aime beaucoup! Plus de 1000 vignerons rassemblés (l’usine), une cohue insupportable les samedi et dimanche, pas mal de vins en-dessous du pas terrible, certes. Mais l’occasion rêvée pour tout un chacun de parfaire ses connaissances ou tout simplement de s’initier à la diversité des appellations.

Pour ma part cette année c’est un programme théorique d’une grosse centaine de vignerons, et je vous offre une brochette de 15 vignerons que je compte visiter et déguster (même si je connais certains de ces vins par cœur…). N’hésitez pas à leur rendre visite, ce sont parmi les meilleurs du salon. Bien sûr ceux que je vous recommande sont presque tous dans la tendance nature ou « sympathisants », mais j’ouvre les portes à certains « conventionnels » (ça veut dire viticulture chimique une fois qu’on met le décodeur) qui font des bien jolis vins. Ah oui, ne vous attendez pas à du « tout Bordeaux et Bourgogne », nos terroirs sont trop riches pour se limiter à ces régions. Un peu d’ouverture que diables!

-En Alsace je vous recommande plus qu’un peu le domaine Barmes-Buecher en biodynamie, au stand H33.

-Pour la Loire commençons par Lapandéry en Côtes Roannaises (stand C58), des vins tout simples et sympathiques. Si vous pensez que les rouges de Loire sont forcément des vins légers à boire frais précipitez vous au domaine Joguet en Chinon (stand J21), puis livrez vous à une comparaison avec les chinons du superbe domaine Breton (C66). Vous en profiterez pour déguster ses grands bourgueils et très beaux vouvrays, je suis un inconditionnel de ce domaine. Pour la découverte allez donc voir ce qu’on peut faire de beau en muscadet, avec par exemple le domaine Landron (Q17). Amateurs de sucre, allez donc au domaine Ogereau, avec ses vins certes riches mais jamais lourds (A3).

-En bordelais pour rester sur les moelleux tentez l’Ancienne Cure (H44) absolument superbe, et en Sauternes le célèbre La Tour Blanche (R41). Vous voulez du bordeaux rouge? Aïe aïe aïe, question piège! Si, rendez visite à l’intransigeant, caustique, mais passionné et passionnant « homme-cheval », propriétaire du château Le Queyroux  (G26).

-Direction le sud avec le domaine Leccia en Corse (A64), beau domaine respectueux de la nature, de ses vignes, et de ses vins, de même que le domaine Sainte-Anne en Bandol (T10), en vins naturels. Toujours le sud mais dans le Languedoc et le Roussillon (re)-découvrez le Mas Amiel et ses vins de Maury (L50). Le Mas Daumas-Gassac est bien entendu une des vedettes du salon avec son stand blindé de monde (G60), mais ne faites pas l’impasse sur le domaine des Mille Vignes, cher mais d’une précision remarquable (C18). Et puis en blancs secs ou liquoreux vous pourrez également visiter le bien connu domaine Cauhapé (G25), dont la Quintessence du Petit Manseng égale, selon certains, le château Yquem!

Bon salon et bonnes découvertes à vous, et n’oubliez pas: le signe distinctif du vrai amateur dans ce genre de dégustations est de recracher…

 

Promenade entre Loire et Cher (jour 2)

-Visite aux Cailloux du Paradis

Ah, me voilà tout gaillard ce matin ! Imaginez un peu, moi qui suis un amoureux des vins naturels j’ai rendez-vous (nous avons rendez-vous, pardon) avec un domaine phare du genre, celui qui a présidé à ma découverte de ces nouveaux sentiers, et puis disons-le un des « papes » du vin naturel : le domaine des Cailloux du Paradis de Claude Courtois, à Soings-en-Sologne.

En voiture donc, et traversons forêt solognote  et campagne solognote, vergers solognots, plantations de fleurs solognotes, asperges de Sologne, euh…vigne solognote peut-être ? Bon, en venant de Cheverny ce n’est pas la vigne qui s’impose avant tout, elle brille même plutôt par son absence ! Ah si, voici de la vigne tout de même, et pas qu’un peu, une vaste étendue au cordeau, et avec un sol, euh, mort ! Ben oui, pourquoi s’embêter à travailler le sol quand les désherbants et les pesticides font le travail à notre place, avec beaucoup d’engrais et de manipulations en cave ? Bon, de toute évidence on n’est pas encore arrivé au domaine Claude Courtois (il s’agit en fait des vignes d’un producteur très connu et fournisseur de l’Elysée, Henri M…). Lequel domaine Courtois est un peu plus loin, blotti au fond d’un chemin, protégé des regards (et pesticides ambiants) par une haie imposante. On entre dans le chemin et là, c’est la ferme à l’état pur, un âne, des plantations de légumes, un verger, le bâtiment tout ce qu’il y a de plus simple, au fond les machines agricoles, et au loin une petite étendue de vigne. Petite oui, car le domaine ne possède que 5-6 hectares, clos par la forêt et une haie. C’est peu certes, surtout au regard de la demande, mais le fils Etienne nous confie vouloir en avoir à l’avenir…un peu moins, pour plus de précision dans son travail.

C’est d’ailleurs le fils Courtois, Etienne, qui nous reçoit, et c’est justice puisque c’est lui qui est en train de prendre la relève. Bien entendu rendez-vous avait été pris auparavant, et nous allons nous assoir autour d’une table et de sa toile cirée, sur laquelle nous attendent quelques bouteilles et quelques fromages locaux particulièrement savoureux. Oui car entendons-nous bien, on ne goûte pas ce genre de vin à l’arrache, il faut du temps, de l’écoute, du partage. Il faut de l’échange. De l’échange avec l’artisan bien entendu, mais encore plus avec le vin, qu’il faut apprivoiser, laisser venir, observer au travers de ses subtiles évolutions.

La vigne :

La vigne ici est en biodynamie. On y trouve beaucoup de cépages différents, « seulement » 40 pour le moment, et le domaine compte aller jusqu’à 41. Pourquoi 41 ? Parce que c’est le numéro du département pardi, le Loir-et-Cher. Parmi ces cépages il n’y a pas de syrah ! Il n’y en a pas mais il y en a eu, Claude Courtois ayant exhumé il y a un moment de ça un vieil ouvrage mentionnant la syrah parmi les cépages plantés localement. Hop la il tente l’expérience et en tire un vin plein de liberté, franc, gourmand, tonique, fruité. Las ! La justice lui tombe dessus (par l’entremise des organismes viticolement compétents, et par la grâce sans doute d’un certain voisinage paysan, euh fabricant pardon) lui ordonnant d’arracher ses pieds de syrah, le cépage n’étant pas autorisé par le décret d’appellation. Je passe sur les rebondissements de l’histoire, les quelques milliers d’euros d’amende infligés à un domaine à l’équilibre financier précaire, etc, pour en arriver au fait qu’on lui a finalement concédé le droit de surgreffer ses pieds de syrah en un autre cépage, le travail des racines  n’étant ainsi pas perdu. Quant aux bouteilles produites avec la syrah ça a donné la cuvée « Alcatraz », l’étiquette représentant des mains s’accrochant à des barreaux, en souvenir des déboires judiciaires…

Parmi les autres cépages plantés on trouve le chardonnay, le gamay, le sauvignon sous différentes espèces, le romorantin, le menu pineau… Les rendement sont faibles bien sûr, pour plus de concentration, sans toutefois atteindre des rendements ridiculement petits, le domaine considérant qu’un certain rendement ne nuit pas à des jus de bonne qualité. A propos, ces vins sont bien produits en Sologne, tout comme ceux des domaines voisin. Mais l’énorme et influent voisin « Monsieur M » fait du blocage pour empêcher que les Courtois puissent appeler leurs vins « vins de Sologne » mais uniquement « vins de Touraine ». En effet ce « M » a été un des acteurs à l’origine de l’appellation « Touraine »…

Les vins :

Autant le dire d’emblée, les vins du domaine sont pour moi une démonstration constante de ce que j’entends par « la nature est dans votre verre ». Et je comprends (mais déplore pour eux) que certains passent complètement à côté de ce type de vin, même parmi les palais peu disposés à boire des vins bodybuildés, et trouvent « qu’il n’y a rien dedans », que « c’est de l’eau ». Ces vins sont construits sur la limpidité en effet, la finesse, la tension, l’évocation… Il faut clairement avoir le palais et la sensibilité éduqués pour les entendre (oui Môssieur, les entendre plus que les goûter…).

Entamant les bouteilles préparées pour nous sur la table, nous avons été confrontés à (de mémoire, ça remonte à une petite semaine et j’ai beaucoup bu entre temps) la cuvée « Quartz » 2011, sauvignon toujours magnifiquement digeste, finement aromatique, filant droit, avec son très joli nez d’herbes coupées (un rien de menthe sauvage et une évocation de cresson de rivière), sa bouche cristalline et pure, toute construite sur la minéralité comme le nom de la cuvée le laisse présager. Pureté est vraiment le mot qui convient à ce vin.

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Puis nous continuons avec le « Plume d’ange » 2010, un assemblage tout en sensibilité de menu pineau avec un appui de sauvignon. Nez discret évoquant la glace fondue, léger fruité, puis à l’aération herbes (et non pas « herbacé »), les fleurs de sureau, « un jus de pureté » dit quelqu’un ! En bouche c’est net, caressant, très minéral, citronné, fluide. Un peu abricoté, mirabelle, beaucoup d’assise. Au fur et à mesure de très beaux amers se développent accompagnés d’une acidité que je compare à une lame (par sa finesse plus que par son mordant). Persistance citrique mais tapissante, très longue en vagues successives. Plus en horizontalité qu’en verticalité tant il habite la bouche. J’adooooore !

IMG_0593Puis deux autres bouteilles de blanc vont suivre qui n’étaient pas prévues au programme (« attendez, je vais cherchez quelque chose »), le « romorantin » et le « or norme » 2010, vinifiés à la nouvelle façon, celle d’Etienne, avec un élevage plus long que sous la main de Claude. Entre temps ont été évoqués les obstacles et incompréhensions que le domaine rencontre régulièrement, et pour ma part j’ai évoqué le nom d’une merveille passée du domaine, la cuvée « Alkymia », merveille oxydative hélas devenue introuvable ! La cuvée « romorantin » du nom du cépage utilisé est toujours aussi savoureux et racé, avec la fougue tout en retenue dont peut faire preuve ce magnifique cépage. J’avoue toutefois ne pas avoir été entièrement sous le charme en comparaison du 2009 goûté il y a quelques temps, mais je suis confiant, le temps va faire son œuvre. Quant au « or norme » c’est toujours un vin hors de tout canon connu, velouté et voluptueux, sensible, interminable en bouche avec sa fine oxydation. Quels magnifiques raisins ce devait être au moment de la vendange !

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Côté rouges nous sommes confrontés au grand classique « Racines », cuvée à n cépages, séveux, toujours un brin sauvage, notes de laurier, de thym, de cerise, dynamique. Un vrai vin de copains, de camarades sincères, pour partager un pur saucisson ou une honnête côte de bœuf.IMG_0648

La cuvée « L’icaunais » 2010 doit son nom aux origines de Claude Courtois, qui n’est pas solognot mais bien icaunais, autrement dit un gars de l’Yonne. Issu des fameuses vignes de syrah surgreffées en gascon; j’adore son nez d’herbes aromatiques (laurier encore), fruits rouges, pivoine, poivre moulu. En bouche une note de pinot noir avec des tannins racés, belle acidité longue et fine, prune, eau-de-vie de framboise, finale grillée et sensation ferrugineuse très agréable. Du peps. Impression de vin plein de jeunesse et de vie. Plus tard la finale se fera saline avec des touches de zan.IMG_0926

Au terme de ces vins Etienne lance « bon vous avez pas mal parlé d’Alkymya ben vous avez de la chance en fait, y’en a une bouteille ouverte qu’on a goûtée il y a une semaine ». Arrgghhhh !! J’y crois à peine, il nous serre un godet d’Alkymya ! Je ne vais pas faire une description et faire saliver en vain les malheureux qui n’y goûteront jamais, c’est oxydatif sans être déviant, sans évoquer le Jura, sans évoquer rien d’autre que ce vin dense, d’une maturité de raisin fabuleuse, concentré mais pas saturant, évoquant une grande eau-de-vie par exemple.

Puis descente en cave (retour en fait, nous l’avions déjà visitée en arrivant) pour goûter de futures perles sur le fût. Je préfère en reparler ultérieurement. Au retour en haut nous avons été gratifiés d’un marc maison, de l’époque où ils avaient le droit de bouillir… Grand !

Nous sommes arrivés à 11h ce matin-là, ce n’est qu’à 14h passé que nous quittions ce haut lieu du vin.

Arrivant au terme de la narration de cette visite il me prend d’ouvrir une bouteille de Quartz. Force est, devant de tels vins, d’assumer le fait qu’ils sont bien au-delà de la description analytique. Je pourrais ainsi ajouter à ce que j’ai dit précédemment que j’y sens la mie de pain, l’amande, la champignonnière, une fine note oxydative, et d’autres encore… Laissons là l’analyse, place à la contemplation.

-Visite au domaine Vincent Ricard

C’est chose certaine par avance : le domaine suivant aura du mal à briller après l’expérience des Cailloux du Paradis ! Mais nous honorons notre rendez-vous au domaine Vincent Ricard, et avec plaisir mais une petite faim qui commence à se faire sentir à 14h45.

Nous quittons maintenant la Sologne et l’Orléanais pour arriver sur les rives du Cher. Des vins en appellation Touraine là encore. Trop vaste appellation qui mériterait sans doute à être traitée avec plus de précision et la créations d’appellations (comme la Sologne tiens !).

Pour le coup je commence par un vigneron de la rive droite du Cher, tout à l’heure ce sera la rive gauche. Cette précision a son intérêt, car d’un point de vue géologique ce sont deux entités. Rive droite c’est argile blanche et silice sur assise calcaire, rive gauche c’est beaucoup plus d’argile. On dit qu’à droite c’est plutôt la zone des meilleurs blancs, à gauche celle des meilleurs rouges. Mouais, c’est pas toujours flagrant, j’avoue ne pas savoir qu’en penser, surtout quand les vignerons relativisent eux-mêmes cette partition. Surtout que le terroir a une belle complexité et qu’en fonction des zones d’une même rive on peut voir apparaître des roches très contrastées.

J’ai connu le domaine Vincent Ricard par sa cuvée « ? » (traduire que le nom de la cuvée c’est un gros point d’interrogation sur l’étiquette). Le personnage est jovial, comme ses vins de sauvignon très aromatiques, poussant pour la plupart au-dessus du village de Thésée, sur le haut de la pente exposée plein sud. Vigne en agriculture raisonnée, c’est déjà bien (« c’est nul dirons certains que je connais… »). J’avoue… C’était rude, brutal presque, de goûter des vins aussi expressifs après ceux de Courtois tout en délicatesse. Et puis le temps était compté, visite éclair donc.

Les vins :

-Le petiot 2012: sauvignon très sauvignonnant, net et désaltérant, pas de fermentation malo-lactique pour plus de fraîcheur.

-Les trois chênes 2012: pur sauvignon également, des vignes d’une soixantaine d’années sur argile à silex. La vinification se passe en barrique contrairement au « petiot ». Pas de malo. J’aime cette note de silex très sensitive dans ce vin, qui lui donne une belle présence en bouche.

-« ? » : cuvée de sauvignon en surmaturité. J’ai toujours apprécié cette cuvée, sa sensualité, son petit chouilla de sucre résiduel, sa fraîcheur, ses notes mentholées herbacées. Mais là non, vraiment non ! Un boisé très présent, une bouteille peut-être pas encore remise de son embouteillage pourtant pas si récent. Riche sans être gourmand, saturant, écoeurant. Le vigneron reconnaît que le millésime était compliqué pour cette cuvée et nécessitait un élevage un peu appuyé. Je suis certain que cette cuvée fera néanmoins le plaisir de beaucoup.

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-« ! » 2012: ça c’est la petite nouveauté, un très joli muscat vinifié en sec, avec un appui du bois mesuré. On ne vas pas jusqu’aux notes d’eau de rose des plus beaux muscats secs du sud, mais ce nectar atypique est plus que gourmand, il est frais, il est net, savoureux, un vrai vin de convivialité. Bravo !

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-cuvée Armand 2011 : un vin moelleux de sauvignon issu de la 2è trie. Etonnant un sauvignon moelleux ? Mais non, regardons plus à l’ouest et souvenons-nous des Sauternes… Certains trouveront cette cuvée un peu lourde, j’avoue céder à mes penchants gourmands et apprécier ce beau moelleux, avec des notes de fruits exotiques et une belle acidité. On ne tombe pas dans la sucrosité et c’est tant mieux.

-l’effrontée enfin, cuvée de sauvignon liquoreux, très gourmande et riche, avec des notes d’agrume, un bois neuf un peu dominateur, un bel équilibre. Miam !

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Le domaine fait aussi un rouge à base de côt qui ne me passionne pas. Je reviens sur l’absence de fermentation malo-lactique du domaine. C’est une pratique fréquente pour conserver de la fraîcheur et de l’acidité aux vins. Mais…lors de ma visite chez Courtois (qui fait systématiquement les malo) je me suis entendu dire que c’était ceux qui ne voulaient pas prendre le temps qui ne la faisaient pas. Attention je ne dis pas ça contre le domaine Ricard, je restitue juste deux options contradictoires entendues coup sur coup. Le monde du vin est vraiment inépuisable !

 

-Visite au domaine des Bois Vaudon :

Avec ce domaine nous restons sur les rives du Cher mais sur l’autre côté, avec donc des sols réputés faire les bons rouges de la région, contrairement à la rive droite réputée « à blancs ».

J’avais goûté les vins du domaine avec grand intérêt lors d’un salon professionnel, mais souhaitais confirmer ou infirmer mes bonnes impressions premières. Je suis sorti de cette deuxième rencontre à la fois dubitatif et confirmé dans mes bonnes impressions !

Le jeune Jean-François Meriau est absolument sympathique et son enthousiasme est communicatif. Un enthousiasme qui se traduit avec clarté dans le nombre de cuvées produites par le domaine, soit en raisins propres soit en raisins d’achat. Rien que dans la première catégorie il a plus d’une quinzaine de cuvées toutes couleurs confondues !

En résumé son petit pétillant est vif et tendu…mais bien trop appuyé en soufre à mon avis tout en manquant de gourmandise, contrairement à sa grande cuvée bulleuse nommée « jean boa », riche, gourmande, crémeuse, sans aucune lourdeur et très digeste. C’est superbe.

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D’une façon assez générale les vins sont puissants (blancs comme rouges) et parfois un peu massifs, mais jamais dénués de gourmandise. Mes favoris sont « Tu le boa », un sauvignon légèrement oxydatif, récolté très mûr puis vinifié 4 ans en fût de chêne, ainsi que le Vouvray sec, qui délivre de somptueux arômes de tilleul.

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C’est un domaine à découvrir sans hésitation, même si j’ai été interloqué par certains propos entendus ! Ainsi « j’évite la malo pour certains vins, ça les abimes et leur fait perdre de la fraîcheur » ferait bondir Etienne Courtois rencontré le matin ; « je suis en lutte raisonnée, la bio 100% c’est pour ceux qui ont les moyens, nous autres nous ne pouvons pas prendre de risques» propos qui feraient sortir de leurs gonds les meilleurs biodynamistes, qui répliqueraient que la lutte raisonnée est d’une mauvaise foi sans nom ; et « en France de toutes façons on a du mal à bouger, on regarde pendant des années et puis après on dit « ok, on peut le faire » alors qu’à l’étranger ils en sont déjà à l’étape suivante, comme les copeaux de bois par exemple » !! Mouais, ben moi je ne suis pas certain que ce soit une chose fondamentalement géniale d’autoriser les copeaux, hein !!!

-Le château de Chenonceau

Pour clore cette journée en beauté, rien de tel que de se rendre au proche château de Chenonceau, un des joyaux de la Loire. C’est lui le fameux château qui enjambe le fleuve avec sa galerie. Tout le château, de l’édifice aux meubles, en passant par les peintures exposées et les sols admirables, jusqu’aux somptueux bouquets de fleurs faisant écho aux riches jardins, est un prodige d’harmonie et de grâce, où l’histoire de France est parfaitement lisible. Un trésor vous dis-je !

Progresser en dégustation. L’arôme de saison: le coing

Je me propose dans cette rubrique de vous aider à mieux mémoriser et identifier les parfums de plantes, fruits, fleurs ou autres que vous pouvez retrouver dans le vin. Cette découverte sera rythmée par la nature et les saisons.

LE COING.

Je me  suis rendu compte que beaucoup de gens ont du mal à discerner avec aisance l’arôme de coing dans les vins moelleux de Loire, et c’est vraiment dommage car c’est un des arômes essentiels et caractéristique de l’éventail olfactif de ces vins. Ce parfum signe les vins issus du cépage Chenin entre autres, lorsque les vins sont issus de vendanges bien mures ET que les vins sont déjà évolués (une dizaine d’années de garde au moins). Les appellations concernées sont par exemple Vouvray, Montlouis, Coteaux-du-Layon, Bonnezeaux. On peut aussi le rencontrer dans des vins effervescents de Chenin, comme le Saumur brut. Hors de la Loire on peut croiser cet arôme dans certains Sauternes, les pinot gris Sélection de Grains Nobles en Alsace (mais d’autres cépages alsaciens comme le gewurztraminer ou le Sylvaner peuvent le développer), les vins les plus riches d’Autriche, certains muscats évolués d’Espagne.

Pour ne pas simplifier l’exercice d’identification, cet arôme peut cohabiter, entre autres, avec la pomme dans certains vins. Or les arômes de coing et de pomme sont particulièrement proches !

C’est le moment rêvé de vous exercer à identifier cet arôme. Achetez quelques coings à votre maraîcher préféré et posez les chez vous. Jour après jour vous vous régalerez de ce parfum subtil et insinuant. Prenez le temps de savourer ce magnifique parfum, vous ne pourrez plus le manquer dans les vins par la suite. Pour compléter cet entraînement, après plusieurs jours passés à vous imprégner la mémoire de cette odeur, achetez quelques pâtes de coing en dessert, histoire de comparer. Bien entendu vous en profiterez pour acheter 2 ou 3 variétés de pommes différentes, lesquelles vous sentirez et dégusterez, afin de discriminer plus certainement les notes de pommes et les notes de coing.

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Enfin, récompense de cet exercice de plusieurs jours, allez chez un BON caviste (on évite les grandes surfaces et les chaines… si possible), et faites l’acquisition d’un Vouvray moelleux d’une dizaine d’années. Ou tout autre vin cité plus haut, ou tout autre vin aux senteurs de coing que vous conseillera un caviste avisé. Et amusez-vous à y déceler ce parfum particulier…et tous les autres qui l’accompagnent bien sûr. A votre santé !

 

Josmeyer: Riesling le Kottabé 2010

Aujourd’hui j’ai eu envie de me régaler avec un grand domaine alsacien, le domaine Josmeyer, et un riesling tendu, minéral et frais. Le domaine Josmeyer pour ceux qui ne le sauraient pas est un des grands représentants de la biodynamie. Le riesling en question est issu d’un sol qui s’apparente un peu aux Graves. Dégustation en toute simplicité.

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Passage en carafe 15mn avant dégustation.

La première gorgée est pleine de rondeurs en attaque, tellement qu’un des dégustateurs présent dit « presque un demi-sec  en sensations», mais tout de suite après le vin s’étire de façon parfaitement sèche, pure et droite. Impossible à l’aveugle de se tromper sur le cépage riesling qui donne ce vin, avec ses notes florales, citronnées, intensément minérales mais très matures avec cette agréable touche de caramel au lait.

Le deuxième verre n’a déjà plus rien de « pseudo demi-sec » et attaque très incisif, tendu comme une corde, d’une acidité de malade sans rien perdre de sa sensualité. Aromatiquement c’est très citronné, lacté, des notes de confiture de rhubarbe et de groseille fraîche. Mais où sont les huîtres ??!!

Vous avez peur de l’acidité ? Goûtez absolument ce vin pour comprendre ce que peut être une belle acidité, une acidité sapide et gourmande. Dans ce vin elle est d’une intensité énorme… mais d’une grande maturité, ce n’est pas mordant, n’imaginez surtout pas une rasade de vinaigre ou un verre de jus de citron (le citron n’est là qu’aromatiquement), c’est tout simplement tendu, vif, frais, comme une sève vivifiante.

Le citron cède le pas au pamplemousse maintenant (une grosse demi-heure de carafe), l’acidité baisse en attaque pour ne ressurgir qu’afin de donner de l’allonge au vin. Le vin reprend le gras en bouche qu’il avait en ouverture, de façon plus fraîche et dépouillée. Ah tiens, un peu de poire est là en persistance. A noter que depuis un bon moment des notes d’hydrocarbures sont présentes, comme souvent dans le riesling, apportant beaucoup de présence à ce beau vin. Les notes salines n’apparaissent que sur le tard, me donnant à nouveau une furieuse envie… d’huîtres (mais où sont-elles bon sang???????!!!!!!).

Le riesling est décidément un cépage magique, qui lorsqu’il est issu d’un joli terroir (même pas la peine d’aller sur un Premier Cru ou un Grand Cru, la preuve ce vin), et tant qu’à faire servi par de grands bio-dynamistes comme l’équipe Josmeyer, nous fait vibrer à chaque gorgée et voir un paysage nouveau à chaque verre. Un des plus grands cépages de notre belle Terre…